La Pyramide de Hawara dans le désert du Fayoum
Pyramide 4.2/5

Pyramide de Hawara et le Labyrinthe

La pyramide d'Amenemhat III et les vestiges du légendaire Labyrinthe, décrit par Hérodote comme plus impressionnant que les pyramides elles-mêmes, au cœur du Fayoum.

La Pyramide de Hawara et le Légendaire Labyrinthe

La Pyramide de Hawara représente l'un des monuments les plus énigmatiques et fascinants de l'Égypte antique, un complexe funéraire qui abritait autrefois l'une des structures les plus extraordinaires jamais construites par l'homme : le Labyrinthe. Située dans la partie orientale de la dépression du Fayoum, à environ douze kilomètres au sud-est de la ville de Fayoum, cette pyramide fut construite par le pharaon Amenemhat III de la XIIe dynastie, autour de 1850 av. J.-C., comme sa demeure éternelle et centre de culte funéraire.

Bien qu'aujourd'hui la pyramide apparaisse comme une masse érodée de briques crues, son histoire et sa signification en font l'un des sites les plus importants de l'archéologie égyptienne. Le Labyrinthe qui la flanquait, décrit par les historiens antiques comme une construction plus impressionnante que les pyramides de Gizeh, a été l'une des plus grandes pertes du patrimoine architectural de l'humanité.

Amenemhat III et le Moyen Empire

Le Grand Constructeur

Amenemhat III fut le dernier grand pharaon de la XIIe dynastie, régnant pendant environ quarante-cinq ans (1860-1814 av. J.-C. environ) durant ce que les égyptologues considèrent comme l'âge d'or du Moyen Empire. Ce fut un souverain énergique et ambitieux, connu pour ses grandioses ouvrages publics et ses projets hydrauliques qui transformèrent le Fayoum d'un marais saisonnier en l'une des régions les plus productives d'Égypte.

Le pharaon avait un lien spécial avec le Fayoum. Sous son règne, le canal Bahr Youssef fut agrandi et réglementé, de vastes zones marécageuses furent assainies et de nouvelles terres furent mises en culture. La construction des barrages qui contrôlaient l'afflux des eaux du Nil dans le Lac Moeris représentait un ouvrage d'ingénierie hydraulique sans précédent qui garantissait la prospérité agricole de la région.

Deux Pyramides, Un Seul Pharaon

Amenemhat III est l'un des rares pharaons à avoir construit deux pyramides. La première, à Dahchour, présentait de graves problèmes structurels qui en compromirent la stabilité. Le pharaon décida donc de construire une seconde pyramide à Hawara, qui devint son lieu de sépulture effectif. Cette décision fut déterminante pour l'histoire de l'architecture égyptienne, puisque le complexe de Hawara devint le plus grand et le plus articulé temple funéraire du Moyen Empire.

La Pyramide

Structure et Construction

La Pyramide de Hawara fut construite avec un noyau de briques crues (adobe), une technique typique du Moyen Empire qui différait significativement des pyramides de l'Ancien Empire, réalisées en pierre calcaire. Originellement revêtue de calcaire blanc de Tura, la pyramide avait une hauteur d'environ 58 mètres et une base de 105 mètres par côté, des dimensions considérables même si inférieures aux grandes pyramides de Gizeh.

L'intérieur de la pyramide révèle un système de sécurité très sophistiqué, conçu pour protéger la sépulture du pharaon des pilleurs. Des couloirs aveugles, des passages bloqués par d'énormes dalles de pierre, des chambres pièges et de fausses portes composaient un puzzle complexe qui aurait dû décourager toute tentative de violation. Malgré ces précautions, la tombe fut tout de même pillée dans l'Antiquité.

La chambre funéraire, sculptée dans un unique bloc de quartzite d'un poids estimé à plus de cent tonnes, représente un chef-d'œuvre d'ingénierie. L'énorme monolithe fut descendu dans une fosse puis couvert de trois dalles de quartzite qui formaient le plafond, pour un poids global estimé à environ 180 tonnes. À l'intérieur de la chambre, Flinders Petrie découvrit les restes de deux sarcophages, l'un appartenant à Amenemhat III et l'autre probablement à sa fille Néferouptah.

Le Légendaire Labyrinthe

Les Témoignages des Anciens

Le Labyrinthe de Hawara est sans doute l'aspect le plus fascinant et mystérieux du complexe. Plusieurs auteurs antiques le visitèrent et en laissèrent des descriptions stupéfaites. Hérodote, qui le vit au Ve siècle av. J.-C., écrivit :

« J'ai vu des choses qui dépassent toute description. Si l'on réunissait tous les ouvrages et les constructions des Grecs, ils se révéleraient inférieurs en effort et en dépense à ce labyrinthe. Et pourtant le labyrinthe dépasse même les pyramides. »

Strabon, Diodore de Sicile et Pline l'Ancien confirmèrent les impressions d'Hérodote. Selon leurs descriptions, le Labyrinthe était un immense complexe de trois mille pièces, dont la moitié souterraines, avec des couloirs tortueux, des colonnades, des cours et des salles décorées, le tout couvert d'un unique toit. La structure servait à la fois de temple funéraire pour Amenemhat III et de centre administratif et religieux pour les cultes des divers nomes (provinces) d'Égypte.

La Réalité Archéologique

Malheureusement, du Labyrinthe il ne reste presque rien. Au cours des millénaires, la structure fut systématiquement démantelée et ses matériaux recyclés pour d'autres constructions. Quand Flinders Petrie conduisit ses fouilles entre 1888 et 1911, il ne trouva que les fondations d'un vaste complexe, suffisantes toutefois pour confirmer les dimensions extraordinaires de l'édifice.

Les investigations géophysiques conduites en 2008 par une mission belgo-égyptienne ont révélé des traces d'une structure souterraine colossale sous les fondations visibles, suggérant qu'une partie du Labyrinthe pourrait encore exister sous la surface. Ces découvertes ont ravivé l'intérêt scientifique pour le site, bien que d'ultérieures fouilles soient encore nécessaires pour confirmer l'ampleur des structures enfouies.

Les Portraits du Fayoum

Une Découverte Révolutionnaire

La nécropole adjacente à la pyramide est le lieu où Flinders Petrie découvrit beaucoup des célèbres Portraits du Fayoum, l'une des plus importantes collections d'art antique jamais retrouvées. Ces tablettes peintes, remontant à la période romaine (Ier-IIIe siècle ap. J.-C.), étaient placées sur le visage des momies et représentent des portraits réalistes des défunts.

Les portraits découverts à Hawara sont particulièrement remarquables pour leur qualité artistique. Réalisés avec la technique de l'encaustique, c'est-à-dire des pigments mélangés à de la cire d'abeille fondue et appliqués au pinceau et à la spatule sur des panneaux de bois de tilleul ou de sycomore, ces portraits frappent par leur réalisme extraordinaire. Les visages représentés expriment une vivacité et une individualité qui les rendent étonnamment modernes, presque comme des photographies de personnes réelles ayant vécu il y a deux mille ans.

L'Importance Artistique

Les Portraits du Fayoum représentent l'unique corpus significatif de portraiture de l'Antiquité survivant jusqu'à nos jours. Ils constituent un pont entre l'art égyptien et l'art gréco-romain, montrant comment la tradition funéraire pharaonique s'était fondue avec l'esthétique hellénistique. Ces chefs-d'œuvre sont aujourd'hui dispersés dans les musées du monde entier, du Musée Égyptien du Caire au British Museum, du Louvre au Metropolitan Museum de New York.

Les Fouilles de Petrie

Le Pionnier de l'Archéologie Moderne

Sir William Matthew Flinders Petrie, souvent considéré comme le père de l'archéologie scientifique en Égypte, conduisit des campagnes de fouilles intensives à Hawara entre 1888 et 1911. Petrie fut le premier à appliquer des méthodes systématiques d'enregistrement et de catalogage des trouvailles, révolutionnant l'approche de la recherche archéologique en Égypte.

Ses fouilles à Hawara mirent au jour non seulement les Portraits du Fayoum, mais aussi d'importantes informations sur la structure interne de la pyramide, sur la disposition du Labyrinthe et sur la nécropole environnante. Les détaillés rapports de fouilles de Petrie restent une source fondamentale pour la compréhension du complexe de Hawara.

L'Ingénierie Hydraulique

Le complexe de Hawara était intimement lié au système de gestion des eaux du Fayoum. La pyramide s'élevait à proximité des canaux qui réglaient l'afflux des eaux du Nil dans le Lac Moeris, et le Labyrinthe lui-même pourrait avoir eu des fonctions liées à l'administration de ce complexe système hydraulique. La capacité d'Amenemhat III à contrôler les eaux du Nil était vue comme une expression du pouvoir divin du pharaon, et le Labyrinthe célébrait cette suprématie technologique et religieuse.

Conseils Pratiques pour la Visite

Comment s'y Rendre

La Pyramide de Hawara se trouve à environ douze kilomètres au sud-est de la ville de Fayoum, accessible à travers une route secondaire qui traverse les campagnes de l'oasis. Depuis Le Caire, le site est à environ 100 kilomètres, parcourables en environ une heure et demie en voiture. Il n'existe pas de transports publics directs pour le site, il est donc nécessaire de se fier à un taxi ou à un tour organisé.

La Visite

Le site archéologique est relativement petit et peut être visité en une ou deux heures. La zone est ouverte et peu ombragée, il est donc essentiel d'apporter une protection solaire, un chapeau et de l'eau. Le terrain est sablonneux et irrégulier, des chaussures robustes sont donc conseillées. Il n'y a pas de structures de service à proximité, il est donc opportun d'apporter tout le nécessaire.

Combiner avec d'Autres Sites

La visite à la Pyramide de Hawara peut être combinée avec celle de la pyramide voisine de Lahun (Sésostris II) et avec un tour de l'oasis du Fayoum pour une journée riche en découvertes. Il est conseillé de visiter aussi le petit musée de Kom Aushim à l'entrée de l'oasis, où sont exposées des trouvailles provenant des sites archéologiques de la région, y compris certains des Portraits du Fayoum.

La Pyramide de Hawara et son Labyrinthe perdu représentent l'un des chapitres les plus fascinants de l'histoire de l'architecture antique, un avertissement sur la fragilité du patrimoine humain et une invitation à imaginer les merveilles qui ornaient autrefois cette terre extraordinaire. Visiter ce site signifie marcher sur les traces d'Hérodote et de Petrie, parmi les fantômes d'un passé glorieux qui attend encore d'être pleinement dévoilé.

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