Le Musée d'Art Islamique : le plus grand trésor de l'art musulman
Le Musée d'Art Islamique du Caire, situé dans l'imposant édifice de Bab al-Khalq au cœur de la capitale égyptienne, est le plus grand et le plus important musée consacré à l'art islamique au monde. Avec une collection qui dépasse les cent mille objets, couvrant un arc temporel de plus de douze siècles et une aire géographique qui s'étend de l'Espagne à l'Inde, ce musée représente un patrimoine culturel d'une valeur inestimable pour l'humanité entière. Ses salles abritent des chefs-d'œuvre de métallurgie mamelouke, de verrerie fatimide, de céramique ottomane, de textiles persans et de calligraphie arabe qui racontent l'extraordinaire richesse et diversité de la civilisation islamique.
Fondé en 1881 et transféré dans son siège actuel en 1903, le musée a traversé des moments de grande splendeur et des périodes difficiles, y compris l'attentat dévastateur de janvier 2014 qui endommagea gravement l'édifice et une partie des collections. La minutieuse restauration qui s'ensuivit, achevée en 2017, a rendu au monde un musée complètement rénové, avec des aménagements modernes et des standards d'exposition de niveau international.
L'histoire du musée
Les origines (1881-1903)
L'idée de créer un musée consacré à l'art islamique naquit dans le dernier quart du XIXe siècle, lorsque l'intérêt croissant des Européens pour les antiquités islamiques risquait de provoquer une dispersion irréversible du patrimoine artistique égyptien. En 1881, le gouvernement du khédive Tawfiq institua un Comité pour la Conservation des Monuments de l'Art Arabe, chargé de recueillir et de préserver les objets d'art islamique dispersés dans les mosquées, les palais et les marchés d'antiquités du Caire.
La première collection fut hébergée dans une aile de la mosquée d'al-Hakim, au cœur du Caire fatimide. Bien vite, cependant, la quantité d'objets recueillis rendit nécessaire de trouver un siège plus adéquat. En 1899 commença la construction d'un édifice spécialement conçu sur la place Bab al-Khalq, qui fut inauguré en 1903 sous le nom de « Musée de l'Art Arabe ». Ce n'est qu'en 1952, avec la proclamation de la République, que le musée fut rebaptisé « Musée d'Art Islamique » pour refléter la nature internationale de ses collections.
L'édifice
L'édifice qui abrite le musée est lui-même une œuvre d'art architectural. Conçu en style néo-mamelouk par l'architecte italien Alfonso Manescalco, l'édifice combine des éléments structurels européens avec des décorations inspirées de l'architecture mamelouke des XIVe et XVe siècles. La façade présente des arcs en ogive, des fenêtres avec des grilles en stuc ajouré et un portail monumental décoré de motifs géométriques et calligraphiques. L'intérieur est organisé autour d'une grande cour centrale couverte, d'où se ramifient les galeries d'exposition.
L'attentat de 2014 et la restauration
Le 24 janvier 2014, une voiture piégée explosa devant la voisine Direction de la Sécurité du Caire, causant de graves dommages au musée. L'onde de choc détruisit les vitrines, endommagea les murs et provoqua l'effondrement de parties du plafond. Des centaines d'objets furent endommagés ou détruits. Ce fut un coup dévastateur pour le patrimoine culturel mondial.
La réponse de la communauté internationale fut immédiate et généreuse. L'UNESCO, avec de nombreux pays et institutions muséales, mobilisa des ressources et des compétences pour la restauration. Une équipe d'experts restaurateurs, provenant d'Italie, de France, d'Allemagne et d'autres pays, travailla pendant trois ans à la récupération des objets endommagés et à la remise en état de l'édifice. Le musée rouvrit ses portes en 2017, complètement rénové et avec un aménagement muséographique à l'avant-garde.
Les collections
La métallurgie mamelouke
La collection d'objets en métal de la période mamelouke (1250-1517) est probablement la plus importante du musée et l'une des plus significatives au monde. Les Mamelouks furent maîtres dans le travail du bronze, du laiton et de l'acier, créant des objets d'usage quotidien et cérémoniel décorés avec une extraordinaire maîtrise. Des lampes de mosquée en laiton ajouré, des bassins pour les ablutions incrustés d'argent, des chandeliers monumentaux avec des inscriptions calligraphiques et des plateaux cérémoniels avec des scènes de chasse et de banquets témoignent de l'apogée atteint par l'art métallurgique islamique.
La pièce la plus célèbre est peut-être le grand bassin du sultan Muhammad ibn Qalawun, un chef-d'œuvre d'incrustation en argent et or qui représente des scènes de vie courtoise avec une finesse de détail stupéfiante. Tout aussi remarquable est la collection de lampes de mosquée en verre émaillé, la plus grande au monde, avec des exemplaires provenant des principales mosquées du Caire médiéval.
La verrerie fatimide
Les Fatimides (969-1171) apportèrent en Égypte une tradition verrière d'une raffinement extraordinaire. La collection du musée inclut des verres, des bouteilles, des lampes et des flacons à parfums en verre soufflé, souvent décorés d'émaux polychromes, de dorures et de gravures. La technique du lustre painting, qui confère au verre des reflets métalliques irisés, atteignit avec les Fatimides un niveau jamais dépassé. Certaines pièces de la collection présentent des décorations figuratives avec des animaux, des musiciens et des scènes de cour qui révèlent l'influence de la tradition artistique persane et byzantine sur la culture fatimide.
La céramique ottomane
La section consacrée à la céramique est l'une des plus vastes du musée. La collection comprend des exemplaires provenant de tous les principaux centres de production du monde islamique, avec une attention particulière à la céramique d'Iznik (Turquie), célèbre pour ses motifs floraux en rouge, bleu et vert sur fond blanc. Sont également exposées des pièces de céramique à lustre persane, des majoliques espagnoles andalouses et des céramiques égyptiennes des périodes fatimide et mamelouke.
Les textiles et les tapis
La collection textile du musée est l'une des plus riches au monde et comprend des exemplaires qui vont du VIIIe au XIXe siècle. Particulièrement importants sont les textiles coptes et fatimides, les soies mameloukes avec des inscriptions calligraphiques et les tapis ottomans noués à la main. Une pièce unique est la kiswa, le drap noir brodé d'or qui chaque année était envoyé d'Égypte à La Mecque pour revêtir la Kaaba.
La calligraphie et les manuscrits
Le musée conserve une collection exceptionnelle de manuscrits et de documents calligraphiques qui représentent la plus haute expression de l'art islamique. Des Corans enluminés avec des décorations en or et lapis-lazuli, des traités scientifiques illustrés, des documents de chancellerie avec une calligraphie monumentale et des planches d'exercices calligraphiques témoignent de la centralité de l'écriture dans la culture islamique. La collection inclut des exemplaires dans toutes les principales écritures arabes : coufique, naskhi, thuluth, nasta'liq et diwani.
Le bois et l'ivoire
Les sections consacrées au travail du bois et de l'ivoire exposent des panneaux sculptés provenant de mosquées et de palais, des portes monumentales avec des décorations géométriques, des mashrabiyya (grilles en bois tourné), des minbar (chaires de mosquée) et des coffrets en ivoire incrusté. Le panneau en bois sculpté provenant du palais fatimide des califes est l'une des pièces les plus anciennes et les plus précieuses de la collection.
L'aménagement moderne
La restauration post-2014 a offert l'opportunité de repenser complètement l'aménagement du musée. Les nouvelles galeries sont organisées à la fois chronologiquement et thématiquement, permettant aux visiteurs de choisir le parcours le plus adapté à leurs intérêts. L'éclairage, conçu par des spécialistes italiens, exalte les détails des objets sans les endommager, tandis que les panneaux informatifs multilingues (arabe, anglais, français) fournissent des contextualisations historiques et artistiques accessibles à tous.
Une innovation significative est l'introduction de postes multimédias interactifs qui permettent d'explorer virtuellement les objets, en agrandissant des détails impossibles à apprécier à l'œil nu. Ces technologies, combinées à la qualité intrinsèque des collections, font du Musée d'Art Islamique du Caire une expérience culturelle de premier niveau mondial.
Conseils pour la visite
Comment s'y rendre
Le musée se trouve sur la place Bab al-Khalq, à courte distance de la station de métro de Mohamed Naguib. Depuis la place Tahrir, on peut le rejoindre en taxi en une dizaine de minutes, ou parcourir à pied Sharia Port Said pendant une vingtaine de minutes. L'édifice est facilement reconnaissable à son imposante façade néo-mamelouke.
Horaires et billets
Le musée est ouvert tous les jours de 9h00 à 17h00, avec fermeture anticipée le vendredi matin pour la prière. Le billet d'entrée est accessible. Les audioguides sont disponibles en plusieurs langues, y compris l'italien, et sont fortement recommandés pour apprécier pleinement la signification des œuvres exposées.
Comment organiser la visite
Étant donné la vastitude des collections, il est conseillé de consacrer au moins deux heures à la visite. Ceux qui ont peu de temps devraient se concentrer sur les salles de la métallurgie mamelouke et de la verrerie fatimide, qui contiennent les pièces les plus spectaculaires. Pour une visite approfondie, trois heures sont le minimum nécessaire. Il est conseillé de commencer par les salles au rez-de-chaussée, où sont exposés les objets les plus anciens, et de monter au premier étage pour les collections les plus récentes.
Combiner la visite
Le musée se trouve dans une position idéale pour être combiné avec une visite au Caire islamique. À quelques minutes à pied on rejoint la mosquée du sultan Hassan, la mosquée d'al-Rifai et la Citadelle de Saladin. Alternativement, on peut continuer vers le nord le long de la Rue Al-Muizz pour explorer le bazar de Khan el-Khalili et les mosquées fatimides.
Suggestions photographiques
La photographie est permise dans les salles d'exposition mais sans flash. Les lampes de mosquée en verre émaillé et les bassins incrustés sont les sujets les plus photogéniques. La lumière est meilleure le matin, lorsque les rayons du soleil filtrent à travers les fenêtres aux grilles en stuc, créant des jeux de lumière suggestifs sur les sols en marbre.
Le Musée d'Art Islamique du Caire n'est pas simplement un conteneur d'objets anciens, mais un lieu où l'extraordinaire créativité de la civilisation islamique se manifeste dans toute sa variété et sa magnificence. Des délicates filigranes des verres fatimides aux puissantes incrustations des bronzes mamelouks, chaque objet exposé raconte une histoire de foi, de beauté et d'ingéniosité qui traverse les siècles et les frontières géographiques, unissant en un seul récit des cultures et des peuples différents sous le signe commun de l'art.