Les ruines de l'ancienne ville de Tanis dans le delta du Nil
Site archéologique 4.4/5

Tanis

L'ancienne capitale de la Basse-Égypte, où en 1939 furent découvertes des tombes royales aux trésors d'or comparables à ceux de Toutânkhamon, au cœur du delta du Nil.

Tanis : la Thèbes du Nord et ses trésors oubliés

Tanis, l'actuelle San el-Hagar, est l'un des sites archéologiques les plus importants et en même temps les moins connus de l'Égypte antique. Située au cœur du delta du Nil, dans la province de Sharqia, cette ancienne ville fut la capitale de l'Égypte durant les XXIe et XXIIe dynasties (1069-715 av. J.-C.) et gardait des trésors d'une richesse comparable, sinon supérieure, à ceux de la célèbre tombe de Toutânkhamon. Pourtant, la découverte des tombes royales de Tanis en 1939 passa presque inaperçue, éclipsée par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Tanis représente un paradoxe fascinant de l'égyptologie : un site d'importance capitale pour la compréhension de l'histoire égyptienne, extrêmement riche en vestiges extraordinaires, et pourtant connu du grand public seulement comme le lieu où Indiana Jones cherchait l'Arche d'alliance dans le film « Les Aventuriers de l'arche perdue ». La réalité historique est tout aussi captivante que n'importe quelle fiction cinématographique.

Histoire de Tanis

Les origines et l'ascension

Tanis émergea comme centre urbain important vers la fin du Nouvel Empire, lorsque le bras pélusiaque du Nil, sur lequel s'élevait l'ancienne capitale Pi-Ramsès (la ville de Ramsès II), commença à s'ensabler. Les pharaons de la XXIe dynastie, à partir de Smendès Ier (1069-1043 av. J.-C.), transférèrent la capitale à Tanis, emportant avec eux d'énormes quantités de matériel architectural de Pi-Ramsès : obélisques, statues colossales, blocs sculptés et colonnes de granit.

Ce transfert massif de monuments a créé une confusion parmi les archéologues pendant des décennies, car nombre des blocs et des statues découverts à Tanis portaient le nom de Ramsès II, induisant à croire initialement que Tanis était la même Pi-Ramsès. Seules les recherches les plus récentes ont démontré qu'il s'agit de deux villes distinctes et que les matériaux ramessides furent transportés et réutilisés par les souverains de la XXIe dynastie.

La capitale de la Troisième Période intermédiaire

Comme capitale de l'Égypte durant la Troisième Période intermédiaire, Tanis assuma un rôle politique, religieux et commercial de première importance. La ville abritait un grand temple dédié à Amon, construit avec des matériaux recyclés de Pi-Ramsès et décoré de nouvelles inscriptions par les pharaons de Tanis. L'enceinte sacrée d'Amon, entourée d'un imposant mur d'enceinte en briques crues, était le cœur religieux de la ville et l'équivalent septentrional du grand complexe templier de Karnak à Thèbes.

Les pharaons de la XXIe dynastie, bien que gouvernant un pays divisé, maintinrent une cour splendide et un cérémonial élaboré. Leurs trésors funéraires, découverts presque intacts, témoignent d'une richesse et d'un raffinement artistique qui n'avaient rien à envier aux grands pharaons des époques précédentes.

La XXIIe dynastie et le déclin

Avec l'avènement de la XXIIe dynastie, fondée par le pharaon libyen Sheshonq Ier (le Shishaq biblique), Tanis maintint son statut de capitale et de centre religieux. Sheshonq Ier est connu pour sa campagne militaire en Palestine, narrée tant dans les sources égyptiennes que dans la Bible. Toutefois, dans les siècles suivants, avec l'affaiblissement progressif du pouvoir central et le déplacement des centres de pouvoir, Tanis perdit graduellement son importance, se réduisant à un établissement marginal dans le panorama de la Basse-Égypte.

La découverte des tombes royales

Pierre Montet et les fouilles de 1939

La découverte la plus sensationnelle de Tanis advint en février 1939, lorsque l'archéologue français Pierre Montet mit au jour un complexe de tombes royales à l'intérieur de l'enceinte du temple d'Amon. À la différence des tombes de la Vallée des Rois à Thèbes, creusées dans la roche, les tombes de Tanis étaient construites en calcaire et granit à l'intérieur du périmètre sacré du temple, une solution unique dictée par la géologie plate du Delta, qui n'offrait pas de parois rocheuses pour les sépultures.

La première tombe découverte fut celle d'Osorkon II de la XXIIe dynastie, suivie de celles de Psousennès Ier, Amenemopé, Sheshonq II et d'autres souverains. L'émotion pour ces découvertes fut immense, mais le monde était distrait par des préoccupations bien plus graves : la Seconde Guerre mondiale était aux portes, et le déclenchement du conflit en septembre 1939 relégua les découvertes de Montet dans les pages intérieures des journaux.

Le trésor de Psousennès Ier

La tombe de Psousennès Ier (1047-1001 av. J.-C.) contenait l'un des mobiliers funéraires les plus riches jamais trouvés en Égypte. Le pharaon gisait dans un sarcophage d'argent massif, unique en son genre, le visage couvert d'un masque funéraire d'or d'une facture superbe. Le mobilier comprenait des bijoux d'or et de lapis-lazuli, des vases canopes d'albâtre, des amulettes, des pectoraux et un collier ousekh élaboré en or.

Le masque de Psousennès Ier, aujourd'hui conservé au Musée égyptien du Caire, est souvent comparé au masque de Toutânkhamon pour sa beauté et sa valeur artistique. Réalisé en or massif avec des incrustations de lapis-lazuli et de verre, le masque portraiture le pharaon avec une expression sereine et royale qui transcende les millénaires. À la différence du masque de Toutânkhamon, celui de Psousennès est relativement peu connu, une injustice historique que les égyptologues cherchent à corriger.

La tombe de Sheshonq II

Une autre découverte extraordinaire fut le sarcophage d'argent de Sheshonq II, décoré de scènes du pharaon accueilli par les dieux dans l'au-delà. La tombe contenait aussi un magnifique pectoral d'or en forme de scarabée ailé et des bracelets d'or d'un grand raffinement. Ces vestiges démontrent que, malgré les turbulences politiques de la Troisième Période intermédiaire, l'art de l'orfèvrerie égyptienne avait atteint des sommets d'excellence insurpassés.

Le site archéologique aujourd'hui

Que voir

Le site archéologique de Tanis s'étend sur une aire d'environ 177 hectares, dominée par un tell (colline artificielle) qui représente l'accumulation de millénaires d'occupation humaine. Les ruines principales incluent les vestiges du grand temple d'Amon, avec ses obélisques abattus et ses colonnes fragmentées, l'enceinte sacrée du temple de Mout et les aires des nécropoles royales.

Parmi les vestiges encore in situ on peut observer d'énormes blocs de granit rose aux hiéroglyphes finement sculptés, des statues fragmentées de rois et de divinités, et les bases d'obélisques qui autrefois s'élançaient contre le ciel du Delta. L'atmosphère du site est très différente de celle des grands temples de la Haute-Égypte : ici la végétation du Delta croît parmi les ruines et le paysage agricole environnant rappelle qu'on se trouve au cœur de la terre la plus fertile de l'Égypte.

Les fouilles en cours

Les missions archéologiques françaises continuent de travailler à Tanis, mettant au jour de nouvelles structures et de nouveaux vestiges. La technologie moderne, y compris les prospections géophysiques et les images satellitaires, a révélé qu'une grande partie de la ville antique gît encore sous la surface, promettant des découvertes futures de grande importance.

Conseils pratiques pour la visite

Comment s'y rendre

Tanis se trouve à environ 130 kilomètres au nord-est du Caire, dans la province de Sharqia. La meilleure façon de l'atteindre est en voiture, en suivant la route pour Zagazig puis vers San el-Hagar. Il n'existe pas de transports publics directs pour le site. Il est conseillé de louer une voiture avec chauffeur ou de participer à un tour organisé depuis Le Caire.

La visite

Le site est vaste mais plat, facilement parcourable à pied. Une visite approfondie requiert environ deux ou trois heures. Il est conseillé de prendre un guide local, car les ruines, sans explications, peuvent se révéler peu compréhensibles. Il n'y a pas de structures de restauration sur le site, il est donc important d'apporter de l'eau et de la nourriture.

Combiner avec d'autres sites

La visite de Tanis peut être combinée avec une étape à Bubastis (Tell Basta), située près de Zagazig, pour une journée dédiée à l'archéologie du Delta. Les trésors trouvés à Tanis sont exposés au Musée égyptien du Caire et seront transférés au Grand Musée égyptien de Gizeh.

Tanis est un lieu qui mérite d'être redécouvert et valorisé, un témoignage de la grandeur égyptienne qui attend encore de révéler ses secrets les plus profonds. Pour le voyageur curieux et passionné d'histoire, une visite à Tanis est un voyage au cœur le moins connu mais non moins fascinant de l'Égypte antique.

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