Les ruines de l'antique temple de Bastet à Bubastis dans le delta du Nil
Site archéologique 4/5

Bubastis

L'antique cité sacrée à la déesse chatte Bastet, avec les ruines du grand temple et la nécropole des chats, au cœur du delta du Nil.

Bubastis : la cité sacrée des chats

Bubastis, connue aujourd'hui sous le nom de Tell Basta, est l'un des sites archéologiques les plus anciens et les plus significatifs du delta du Nil, la cité sacrée à la déesse chatte Bastet. Située à l'entrée orientale du delta, près de l'actuelle ville de Zagazig, Bubastis fut pendant des siècles l'un des centres religieux les plus importants de l'Égypte antique, célèbre pour ses grandioses festivités en l'honneur de la déesse des chats, de la joie, de la danse et de la fertilité. Hérodote, qui visita la cité au Ve siècle av. J.-C., décrivit le temple de Bastet comme le plus beau de toute l'Égypte et sa fête annuelle comme la plus animée et la plus fréquentée du pays.

Aujourd'hui les ruines de Bubastis s'étendent sur un vaste tell (colline artificielle) au cœur de la Zagazig moderne, offrant au visiteur un regard sur l'une des pages les plus fascinantes et les moins connues de la civilisation égyptienne : le culte des animaux sacrés et la vénération du chat comme créature divine.

Histoire de Bubastis

Les Origines

L'histoire de Bubastis remonte à l'Ancien Empire, avec des traces d'occupation datées de la IVe dynastie (vers 2600 av. J.-C.). Le nom égyptien de la cité, Per-Bastet (« la Maison de Bastet »), révèle sa vocation sacrée dès ses origines. Le culte de la déesse chatte Bastet était enraciné dans la cité depuis les temps les plus reculés, et son temple principal était le foyer de la vie religieuse locale.

Durant le Moyen Empire et le Nouvel Empire, la cité crût en importance, bénéficiant de sa position stratégique au croisement des voies commerciales qui reliaient le delta oriental au Sinaï et au Levant. Les pharaons des XVIIIe et XIXe dynasties contribuèrent à l'agrandissement du temple, et plusieurs blocs avec les cartouches de Ramsès II ont été retrouvés sur le site.

Capitale de la XXIIe dynastie

La période de splendeur maximale de Bubastis coïncida avec la XXIIe dynastie (945-715 av. J.-C.), lorsque la cité devint la capitale de l'Égypte sous le pharaon Sheshonq Ier. Ce souverain d'origine libyenne, identifié au Shishak biblique qui pilla le temple de Jérusalem, transforma Bubastis en un centre de pouvoir politique et religieux de premier plan. Le temple de Bastet fut agrandi et embelli avec de nouvelles salles, colonnades et décorations, atteignant des dimensions et une splendeur jamais vues auparavant.

Les successeurs de Sheshonq continuèrent à embellir la cité, construisant des salles pour le jubilé royal (heb-sed), ajoutant des portails monumentaux et dédiant des statues et des obélisques à la déesse Bastet. La cité devint aussi un important centre commercial, grâce à sa position sur les canaux qui reliaient le Nil à la mer Rouge.

Le Déclin

Avec la fin de la XXIIe dynastie et les dominations assyrienne, perse et ptolémaïque successives, Bubastis perdit graduellement son importance politique. Le culte de Bastet, cependant, continua à fleurir et s'intensifia même durant la période tardive et gréco-romaine, lorsque la vénération des chats sacrés atteignit son apogée. Le site fut finalement abandonné à l'époque romaine et ses ruines furent graduellement recouvertes par la poussière du delta.

Le Culte de Bastet

La Déesse chatte

Bastet était à l'origine une féroce déesse lionne, associée à la guerre et à la protection du pharaon. Au cours des siècles, son iconographie se transforma progressivement de la lionne au chat domestique, et son caractère devint plus doux, associé à la joie, à la musique, à la danse, à la fertilité et à la protection de la maison. Cette évolution reflétait probablement la domestication croissante du chat en Égypte et son importance dans la vie quotidienne comme protecteur des greniers contre les rongeurs.

Les représentations de Bastet la montrent comme une femme à tête de chatte, souvent avec un sistre (instrument de musique) dans une main et une égide (bouclier cérémoniel) dans l'autre. Ses statuettes votives en bronze, dont des milliers ont été retrouvées à Bubastis et sur d'autres sites, la représentent comme une élégante chatte assise, parfois avec des chatons à ses pieds ou avec des boucles d'oreilles en or.

La Grande Fête de Bastet

Hérodote laissa une description vivante et fascinante de la grande fête annuelle de Bastet, qui se tenait au mois d'avril ou de mai. Selon l'historien grec, jusqu'à 700 000 personnes convergeaient vers Bubastis pour la célébration, voyageant le long du Nil sur des barques décorées. Durant le voyage, les femmes jouaient du sistre, les hommes de la flûte, et tous chantaient et battaient des mains. Le long des rives du fleuve, les barques s'arrêtaient près des villes et les femmes provoquaient les habitants par des gestes et des paroles moqueuses.

Une fois arrivés à Bubastis, les festivités incluaient des sacrifices, des banquets, des danses et la consommation de grandes quantités de vin. Hérodote nota que durant cette fête on buvait plus de vin que dans tout le reste de l'année. La célébration était une explosion de joie et de vitalité qui reflétait le caractère festif de la déesse, et représentait l'un des moments les plus importants du calendrier religieux égyptien.

La Nécropole des chats

L'un des aspects les plus particuliers du culte de Bastet était la vénération des chats comme incarnations vivantes de la déesse. Les chats sacrés étaient élevés dans les enclos du temple, soignés et vénérés par les prêtres. À leur mort, ils étaient momifiés avec grand soin et ensevelis dans des nécropoles spéciales. Les fouilles à Bubastis et sur d'autres sites ont mis au jour des milliers de momies de chat, témoignage de la diffusion et de l'intensité de ce culte.

La nécropole des chats de Bubastis, découverte au XIXe siècle, contenait des centaines de milliers de momies félines, dont beaucoup hélas détruites ou dispersées avant qu'elles ne puissent être étudiées scientifiquement. Les chats momifiés étaient souvent accompagnés d'offrandes votives et de petits sarcophages en bronze décorés.

Le Site archéologique aujourd'hui

Les Ruines du temple

Le site de Tell Basta s'étend sur un vaste tell, aujourd'hui en partie entouré par les maisons de la Zagazig moderne. Les ruines principales incluent les restes du grand temple de Bastet, identifiable grâce aux énormes blocs de granit rose éparpillés sur une vaste zone. Parmi ces blocs on peut encore distinguer des reliefs avec des scènes rituelles, des cartouches royaux et des représentations de la déesse.

La disposition originale du temple, telle que décrite par Hérodote, prévoyait une enceinte sacrée entourée de canaux artificiels, avec une avenue d'accès bordée d'arbres qui conduisait au sanctuaire central. Aujourd'hui restent les fondations et des fragments architecturaux qui, avec l'aide d'un guide expert, permettent d'imaginer la grandeur originale de la structure.

Les Découvertes récentes

Les fouilles menées par la mission archéologique égyptienne et par des équipes internationales ont mis au jour ces dernières décennies de nouveaux secteurs du site, parmi lesquels des parties de la salle du jubilé d'Osorkon II, l'une des structures les mieux conservées du complexe. Cette salle, décorée de reliefs polychromes d'une qualité artistique remarquable, montre des scènes du pharaon célébrant son jubilé royal devant les dieux.

Conseils pratiques pour la Visite

Comment Arriver

Bubastis (Tell Basta) se trouve à la périphérie sud-orientale de Zagazig, ville accessible depuis Le Caire en environ une heure et demie en voiture ou en train. La gare ferroviaire de Zagazig est desservie par des trains fréquents depuis la gare centrale du Caire. Depuis le centre de Zagazig, le site est accessible en taxi en quelques minutes.

La Visite

Le site est relativement étendu mais plat. Une visite approfondie requiert une ou deux heures. Il est vivement conseillé d'être accompagné d'un guide local ou de s'informer au préalable sur la disposition du site, car les ruines, sans explications, peuvent se révéler peu lisibles. Il n'y a pas de structures de restauration sur le site lui-même, mais les cafés et restaurants de Zagazig sont à proximité.

Quoi Apporter

Apportez de l'eau, une protection solaire et un chapeau, car le site est exposé au soleil. Des chaussures confortables suffisent, car le terrain est relativement plat. Un guide archéologique de l'Égypte est utile pour contextualiser les ruines.

Combiner avec d'autres sites

La visite à Bubastis peut être combinée avec Tanis (distante d'environ 70 kilomètres) pour une journée dédiée à l'archéologie du delta. Les trouvailles les plus importantes provenant de Bubastis, y compris des statues de Bastet et des momies de chats, sont exposées au Musée égyptien du Caire.

Bubastis est un site qui mérite d'être redécouvert, un lieu où l'histoire millénaire de l'Égypte s'entrelace avec le culte le plus fascinant de l'Antiquité : celui du chat, créature sacrée, protectrice et compagne de l'homme depuis l'aube de la civilisation. Visiter Tell Basta signifie s'immerger dans un monde où le divin prenait la forme élégante et mystérieuse du plus aimé des animaux domestiques.

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