Les structures préhistoriques Nawamis dans le désert du Sinaï
Site préhistorique 4.1/5

Nawamis

Mystérieuses structures funéraires préhistoriques datant de 4500-3500 av. J.-C., parmi les plus anciens édifices en pierre du Moyen-Orient.

Les Nawamis : les tombes préhistoriques du Sinaï

Les Nawamis sont parmi les structures les plus énigmatiques et fascinantes de toute l'Égypte : d'antiques monuments funéraires en pierre datant de la période chalcolithique (4500-3500 av. J.-C.) qui ponctuent le paysage désertique du Sinaï méridional comme de silencieuses sentinelles de civilisations oubliées. Ces constructions circulaires ou elliptiques en pierre sèche, parmi les plus anciennes structures édifiées par l'homme au Moyen-Orient, représentent un mystère archéologique qui continue à défier les chercheurs avec des questions sur leur origine, sur leurs constructeurs et sur les pratiques rituelles qui se déroulaient à leur intérieur.

Le nom « Nawamis » — pluriel de l'arabe « namus », qui signifie « moustique » ou « moucheron » — fut attribué par les Bédouins locaux qui, ignorants de la véritable fonction de ces structures, les croyaient d'anciens refuges construits par les Israélites durant l'Exode pour se protéger des plaies des insectes envoyées par Dieu. Cette étymologie populaire, bien qu'historiquement infondée, témoigne du sens de mystère que ces structures ont toujours exercé sur les populations locales.

Description et distribution

Les structures

Les Nawamis sont des constructions circulaires ou légèrement elliptiques, avec des diamètres compris entre 2 et 5 mètres et des hauteurs qui varient de 1 à 2,5 mètres. Les parois sont réalisées en grès local, disposé à sec sans mortier, avec une technique qui rappelle les constructions à tholos du monde méditerranéen antique. Le toit, lui aussi en pierre, est réalisé avec la technique de l'encorbellement progressif (couverture à fausse coupole), où chaque assise de pierres dépasse légèrement vers l'intérieur par rapport à la précédente jusqu'à fermer l'espace supérieur.

Chaque structure présente une unique ouverture, généralement tournée vers l'ouest. Cette orientation constante est l'un des aspects les plus intéressants des Nawamis, car elle suggère une précise intentionnalité rituelle liée au coucher du soleil — la direction dans laquelle le soleil meurt chaque jour, universellement associée dans les cultures antiques au monde des morts et à l'au-delà. Certaines ouvertures sont si petites qu'elles ne permettent le passage qu'à quatre pattes, indiquant qu'elles n'étaient pas conçues comme habitations mais comme chambres sépulcrales.

Les sites dans le Sinaï

Au moins quinze sites de Nawamis ont été identifiés, distribués dans le Sinaï méridional, avec des concentrations particulières dans les zones montagneuses entre Nuweiba, Dahab et Sainte-Catherine. Les sites les plus connus et les mieux conservés se trouvent à environ 20 kilomètres de Nuweiba, accessibles avec des véhicules tout-terrain le long de pistes désertiques.

Certains sites contiennent peu d'unités, tandis que d'autres présentent des regroupements de dizaines de structures, suggérant l'existence de véritables cimetières communautaires. Le site le plus étendu connu compte plus de quarante structures regroupées sur une aire de plusieurs hectares. La disposition ne semble pas suivre un schéma géométrique rigide, mais les structures tendent à se regrouper en petits noyaux, peut-être correspondant à des groupes familiaux ou clans.

Fouilles et découvertes

Les campagnes archéologiques

Les premières explorations systématiques des Nawamis remontent à la fin du XIXe siècle, quand des explorateurs et des archéologues européens commencèrent à documenter les structures durant leurs voyages à travers le Sinaï. Toutefois, les campagnes de fouilles scientifiques les plus importantes furent conduites dans les années Soixante-dix et Quatre-vingt du XXe siècle, en particulier par Ofer Bar-Yosef de l'Université de Harvard et par d'autres archéologues israéliens durant la période d'occupation du Sinaï.

Ces campagnes portèrent à la lumière des informations fondamentales sur la datation, la fonction et les contenus des structures. Les analyses au carbone-14 des matériaux organiques trouvés à l'intérieur confirmèrent que les Nawamis remontent à la période chalcolithique, les situant entre 4500 et 3500 av. J.-C. — contemporains, donc, des premières phases de la civilisation égyptienne prédynastique et antérieurs à la construction des pyramides d'au moins mille ans.

Les mobiliers funéraires

Les fouilles ont révélé que les Nawamis étaient effectivement des structures funéraires. À l'intérieur ont été trouvés des restes squelettiques humains — souvent de plusieurs individus dans la même structure — accompagnés de mobiliers funéraires qui incluaient des objets d'un grand intérêt archéologique.

Parmi les découvertes les plus significatives figurent : de la vaisselle en céramique décorée de motifs géométriques, des perles et des ornements en coquillages marins (indicateurs de contacts commerciaux avec les côtes de la mer Rouge et de la Méditerranée), des outils en silex travaillé, des palettes pour cosmétiques et des objets en cuivre qui témoignent de la connaissance de la métallurgie. La présence de coquillages de la mer d'Arabie et de la Méditerranée suggère que les constructeurs des Nawamis étaient insérés dans des réseaux commerciaux qui couvraient des distances considérables.

Les pratiques funéraires

L'analyse des restes humains et des mobiliers a permis de reconstruire partiellement les pratiques funéraires associées aux Nawamis. Les défunts étaient déposés en position fléchie, souvent avec le visage tourné vers l'ouverture de la structure. La présence de plusieurs individus dans la même structure suggère que les Nawamis étaient utilisées comme tombes familiales ou communautaires, rouvertes périodiquement pour de nouvelles sépultures.

Certains restes montrent des signes de décomposition avant la sépulture finale, indiquant une possible pratique d'exposition du corps ou de sépulture secondaire, où les os étaient recueillis après la décomposition des tissus mous et déposés dans la structure dans un second temps. Ces pratiques sont connues dans diverses cultures préhistoriques du Moyen-Orient et suggèrent un complexe système de croyances relatives à la mort et à l'au-delà.

Le mystère des constructeurs

Qui étaient-ils ?

L'identité des constructeurs des Nawamis reste l'un des grands interrogatifs de l'archéologie du Sinaï. Les hypothèses principales incluent des populations nomades ou semi-nomades qui fréquentaient le Sinaï comme parcours entre l'Afrique et l'Asie, des communautés de pasteurs qui pratiquaient la transhumance entre les montagnes du Sinaï et les zones côtières, ou des groupes liés aux cultures chalcolithiques de la Palestine méridionale (en particulier la culture de Beersheva).

L'absence d'établissements permanents dans les environs des Nawamis suggère que les constructeurs étaient un peuple en mouvement, qui utilisait le Sinaï comme corridor migratoire ou comme pâturage saisonnier. Les structures funéraires, construites avec grand soin et dans des positions proéminentes, indiquent toutefois un fort lien avec le territoire et un désir de marquer la présence dans la terre de leurs ancêtres.

Le débat académique

Le débat académique sur les Nawamis est encore vivace. Certains chercheurs estiment qu'elles furent construites par des populations locales du Sinaï, prédécesseurs des actuels Bédouins, qui développèrent autonomement cette tradition funéraire. D'autres les relient aux cultures chalcolithiques de la Palestine méridionale, notant des similitudes avec les structures funéraires de sites comme Shiqmim et Abu Matar dans le Néguev.

Une troisième hypothèse suggère un possible lien avec les cultures pastorales de l'Afrique nord-orientale, qui auraient traversé le Sinaï dans leurs migrations vers le Levant. Cette théorie se base sur des parallèles avec des structures similaires trouvées dans le Sahara oriental et dans le Soudan septentrional, bien que les différences soient significatives.

Les légendes bédouines

La tradition orale

Les Bédouins du Sinaï ont transmis oralement pendant des générations leurs propres explications sur l'origine des Nawamis. Selon une légende répandue parmi la tribu des Muzeina, les structures furent construites par le peuple d'Aad, une civilisation mythique mentionnée dans le Coran connue pour sa force surhumaine et détruite par Dieu pour son arrogance. Cette attribution reflète le sens d'émerveillement que les structures suscitent : leur survie pendant des millénaires dans le désert apparaît presque miraculeuse.

Une autre légende bédouine raconte que les Nawamis furent construites par les djinns, les esprits du désert de la tradition arabe, comme demeures ou comme prisons pour esprits malins. Cette croyance a contribué à protéger les structures de la destruction, car de nombreux Bédouins évitaient de les déranger par crainte de conséquences surnaturelles.

Le contexte du désert

Le paysage dans lequel s'insèrent les Nawamis est d'une beauté sévère et hypnotique. Les structures émergent du terrain rocheux comme des excroissances naturelles, presque camouflées avec les pierres environnantes. Aux heures du matin et de la fin de l'après-midi, quand la lumière rasante du soleil crée de longues ombres et des contrastes dramatiques, le site assume une atmosphère presque sacrée.

Le silence du désert qui entoure les Nawamis est absolu. Ici, loin de tout centre habité et de toute trace de modernité, il est possible de percevoir la profondeur du temps de manière presque physique. En se tenant devant ces structures construites il y a six millénaires, l'observateur se confronte à la vastité de l'histoire humaine et à la ténacité des populations qui ont habité et sacralisé ce paysage extrême.

Conseils pour la visite

Comment arriver

Les sites des Nawamis ne sont accessibles ni par les transports publics ni par des véhicules ordinaires. Il est nécessaire d'organiser une excursion avec un tour-opérateur spécialisé depuis Nuweiba, Dahab ou Charm el-Cheikh, qui fournit un véhicule tout-terrain et un guide bédouin. L'excursion aux Nawamis est souvent combinée avec la visite au Colored Canyon ou au White Canyon.

Guide bédouin

Un guide bédouin local est essentiel non seulement pour atteindre le site, mais aussi pour comprendre le contexte historique et culturel des structures. Les guides bédouins ajoutent une dimension narrative à la visite, partageant les légendes transmises par leur tradition orale et leurs connaissances du territoire.

Que apporter

Apportez de l'eau abondante (au moins 2 litres par personne), une protection solaire, un chapeau, des chaussures fermées et un appareil photo. Il n'y a aucun service d'aucun type près des sites, il est donc nécessaire d'être complètement autosuffisant. Des jumelles peuvent être utiles pour observer les détails constructifs des structures plus distantes.

Respect du site

Les Nawamis sont des structures extrêmement fragiles, survécues pendant des millénaires grâce au climat sec du désert. Ne vous appuyez pas sur les murs, ne ramassez pas de pierres ou de fragments et n'entrez pas dans les structures à moins qu'elles ne soient suffisamment grandes et stables. Ne laissez pas de déchets et ne déplacez aucun objet du site. Le respect pour ces monuments préhistoriques est fondamental pour leur conservation pour les générations futures.

Photographie

Les Nawamis offrent d'excellents sujets photographiques, surtout aux heures du petit matin et de la fin de l'après-midi, quand la lumière chaude exalte les textures de la pierre et crée de profondes ombres à l'intérieur des structures. Un grand-angle est idéal pour capturer le contexte paysager, tandis qu'un téléobjectif permet de mettre en évidence les détails constructifs.

Visiter les Nawamis est une expérience unique qui transporte le visiteur six millénaires en arrière, en présence de quelques-uns des plus anciens témoignages de l'ingéniosité humaine dans le désert du Sinaï, un voyage dans le temps que peu d'autres sites au monde peuvent offrir.

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